mercredi 14 juin 2017

Un superbe Stabat mater de Rossini sous les voutes de la Basilique de Saint-Denis

Karine Deshayes
Madrid, 1831. Rossini, en voyage, est reçu fastueusement par un ecclésiastique mélomane, le chanoine Varela. Avant de quitter l’Espagne, le compositeur italien promet à son hôte de lui écrire un Stabat Mater pour la semaine sainte de 1832.
 
Le temps passe et Rossini, comme d’habitude, peine à se mettre à l’ouvrage. Quand l’échéance approche, il confie en catastrophe l’écriture de quelques numéros à l’un de ses protégés, Giovanni Tadolini. Le Stabat est envoyé juste à temps.
 
Deux ans plus tard, le chanoine Varela décède. Ses exécuteurs testamentaires vendent la partition, laquelle changera plusieurs fois de propriétaire jusqu’à tomber dans les mains d’un éditeur de musique connu du compositeur. La perspective qu’un « demi-faux » circule sous son nom l'inquiète et le conduit à réécrire les pièces de Tadolini -qui ne devaient pas être du meilleur cru. Rossini se remet donc au travail.
 
Le Stabat Mater tel que nous le connaissons est joué pour la première fois, à Paris, le 7 janvier 1842. Un chroniqueur de l'époque rapporte : Le nom de Rossini fut scandé dans un tonnerre d'applaudissement. La totalité de la pièce transporta l'audience ; le triomphe fut complet. Trois numéros furent bissés et l'audience quitta la salle saisie d'une admiration qui gagna rapidement tout Paris.
 
En mars, Donizetti conduit la première italienne, à Bologne. Le succès est énorme : après la dernière représentation, Rossini est raccompagné chez lui sous les acclamations de plus de 500 personnes.
 
Ce que l'on comprend aisément, tant cette pièce est belle. Ensembles, parties chorales a capella, solos, duos et quatuor se succèdent dans un ordonnancement d’une grande tenue et d’une efficacité dramatique que seul le Requiem de Verdi parviendra à égaler. Le final fugué, notamment, est d'une force tout à fait saisissante.
  
Hier soir, à la Basilique royale, dans le cadre du Festival de Saint-Denis, Daniele Rustioni, le jeune chef milanais qui, à la rentrée prochaine, va prendre la tête de l'Orchestre de l'Opéra de Lyon, dirigeait l'Orchestre de chambre de Paris et le chœur Les Éléments.
 
Précis, rigoureux, ne laissant rien au hasard, il a livré du Stabat une interprétation d’une grande élégance, dans un souci permanent de clarté et de respect des équilibres entre chœur, orchestre et solistes. En le voyant diriger, il était d'ailleurs difficile de ne pas penser à son illustre ainé, Riccardo Muti, qui a donné tant de concerts magnifiques à Saint-Denis.
   
Des quatre excellents solistes (la soprano libanaise Joyce El Khoury, la mezzo Karine Deshayes et les chanteurs uruguayens Erwin Schrott, baryton basse, et Edgardo Rocha, ténor), j’avoue une admiration et une tendresse particulières pour notre Karine, dont la voix superbe a résonné, sous les voutes de la Basilique encore illuminées du soleil de juin, avec une plénitude d'une force bouleversante.
 
La voici dans un autre air de Rossini, très célèbre, celui de Rosine dans Le Barbier de Séville :
 

3 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Ton enthousiasme fait plaisir...peut-être y a t'il eu un enregistrement ?
Le Stabat Mater de Rossini fait partie des œuvres musicales que je révère !
C'est toujours un bonheur pour moi de l'écouter (notamment celui de Pappano-Rome 2010)
Je possède un CD Giulini (1982) que j'aime beaucoup.
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Excellentes versions en effet !

L'enregistrement Pappano est assez ébouriffant, avec Joyce Di Donato, Lawrence Brownlee et Anna Netrebko (dont le premier mari chantait la partie de basse mardi à Saint-Denis...).

Je le mets sur un pied d'égalité avec le Requiem de Verdi, en tout cas dans le top 5 des plus pièces de musique religieuse.

Amitiés

JF

Jean Claude Mazaud a dit…

Tout à fait d'accord avec toi
JC