lundi 5 juin 2017

Carlo Coccia, compositeur méconnu

Quand j'ai réfléchi à l’idée de ce blog, il y a bientôt 8 ans, je pensai centrer le propos sur les opéras et les compositeurs oubliés. Toutefois, j’ai rapidement craint que cette approche soit trop étroite, et finalement préféré ouvrir Jefopera à davantage de thématiques. Et je pense que c’est mieux ainsi.
  
Mais, de façon régulière et avec enthousiasme, j’aime ressortir une figure ou une œuvre oubliée, tout en restant conscient que les redécouvertes, aussi intéressantes ou pittoresques soient-elles, ne remettent que rarement en cause le jugement de la postérité.
  
Le répertoire baroque ayant été gâté ces dernières décennies et la musique romantique française jouissant désormais des initiatives du Palazetto Bru-Zane, je me suis dit que nous pourrions partir en Italie faire revivre quelques figures oubliées du Bel canto.
  
J'en vois au moins sept qui mériteraient un petit billet : Mercadante, Pacini, Vaccai, Coccia, Cagnoni, Nicolini et Carafa. En poussant jusqu'au vérisme, on pourrait également citer Catalani, Boïto, Ponchielli, Respighi et Zandonaï, plus connus que les précédents, mais dont la faible notoriété tient à une œuvre ou deux, quand ce n'est pas à un seul air.
  
Il y a quelques années, sur France Musique, Richard Martet avait évoqué Pacini et Mercadante dans une émission intitulée « Verdi m’a tuer ». Le clin d’œil n’était pas du meilleur goût mais il résumait bien l’affaire : comment trouver sa place dans un XIXème siècle italien dominé, pour ne pas dire écrasé, par la figure de Verdi -et d'ailleurs également par celles de Rossini, Bellini, Donizetti et Puccini ?
  
Dans plusieurs pays, notamment en Italie, des directeurs de festival et de salles de spectacles ainsi que quelques maisons d'édition se consacrent avec courage à la résurrection de ce répertoire qui occupe les interstices, les chemins de traverse de l’histoire de la musique et de l’opéra. Les amateurs connaissent bien les trois maisons de disques Bongiovanni, Opera rara et Dynamic.
  
Il y a aussi le Festival de Martina Franca, qui fait un travail magnifique, depuis déjà longtemps et dont les productions sont parfois captées au disque :
  
  
Il y a près de 3 ans, à l’occasion de la sortie par Dynamic d’un enregistrement de Don Bucefalo, j’avais évoqué rapidement Antonio Cagnoni :
  

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Mais c'est de Carlo Coccia que je vais parler ce matin, un compositeur napolitain né en 1782.
  
Protégé de Paisiello, il devient assez jeune le musicien de la cour du roi Joseph Bonaparte. En 1807, il écrit son premier opéra, Il Matrimonio par lettera di cambio (le mariage par lettre de change, quel programme….) et le fait représenter, malheureusement sans succès. L’année suivante, il donne Il Poeta fortunato dans de meilleures conditions.

Ambitieux, Coccia part s’installer à Venise en 1809. Il y reste une dizaine d’années et compose à tour de bras pour La Fenice, le Teatro San Moise et le Teatro San Benedetto. La plupart de ses opéras portent des noms délicieux : La Matilde, farce, Les Solitaires (I solitari), mélodrame sentimental, Le Songe vérifié (Il sogno verificato), action héroïque en musique, La femme sauvage (La donna selvaggia), drame semi-sérieux…
  
Clotilde, un "mélodrame semi sérieux", lui apporte le succès attendu. Voulant alors rivaliser avec Rossini, Coccia envoie des opéras un peu partout en Italie : Un Carlotta e Werther pour Florence, un Teseo e Medea pour Turin, et pour Gênes, ce sera Donna Caritea, regina di Spagna !
  
L’accueil reste pourtant assez tiède. Le public n’accroche pas et les critiques s’aperçoivent rapidement que Coccia bâcle ses partitions et, surtout, regarde d’un peu trop près celles de ses contemporains.
  
Coccia décide alors de quitter l’Italie pour s’installer à Lisbonne, où il reste de 1820 à 1823. Il y compose de nouvelles œuvres, notamment, en 1821, une Mandane, regina di Persia, opéra à grand spectacle, qu’on donne dans de fastueux décors recréant l’ancienne Persépolis. Marches trompettantes, danses lascives, effets de machinerie, airs de bravoure et vocalises virtuoses n’y suffisent pas : sitôt joué sitôt oublié.
  
Trois années plus tard, un lord anglais de passage au Portugal rencontre Coccia, tombe fou amoureux de lui et l’invite à s’installer à Londres. Le Napolitain accepte, prend la direction musicale d’un théâtre et compose de nouveaux opéras. Notamment une Maria Stuarda, en 1827, pour laquelle il réussit à faire venir la Callas de l’époque, Giuditta Pasta. Mais le public s’ennuie, les critiques font la moue et Maria ne passe pas les quatre représentations.
  
Peu de succès, un climat ingrat, le mal du pays, l’amour étouffant du lord, Coccia quitte la Grande-Bretagne et part s’installer à Naples, avec l’idée de se remettre à écrire des opéras seria. Mais à peine arrivé, il réalise que le goût a changé depuis son départ à Lisbonne : condamné par la retraite de Rossini, l’opéra seria a définitivement tiré sa révérence et cédé la place aux drames romantiques de Bellini et de Donizetti.
  
Mais il en faut plus pour décourager notre tenace Napolitain, qui étudie les partitions des copains et se remet à l’ouvrage, adaptant son style aux nouveaux goûts du public. Pour Venise, il écrit Rosmonda (1829), puis deux ans plus tard, pour la Scala, Enrico di Montfort. Deux fiascos. Ce n’est qu’en 1833 qu’il rencontre enfin le succès, à la Scala, avec Caterina di Guisa.

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