vendredi 19 mai 2017

Vienne sur Ontario

Maxim Vengerov
Avant-hier, à Vienne, le Konzerthaus accueillait l’Orchestre symphonique de Toronto. Une excellente formation que j'ai eu un grand plaisir à découvrir dans un programme particulièrement bien conçu.

Il y avait un certain courage à ouvrir le concert sur Le soleil des eaux, une cantate pour soprano, chœur et orchestre composée en 1965 par Pierre Boulez sur deux poèmes de René Char.

Une oeuvre que je ne connaissais pas mais qui, à la première écoute, ne m'est pas apparue si "difficile" que ce que je redoutais. Claire, lumineuse, la partition témoigne d'une grande maîtrise des couleurs orchestrales et, surtout, d'une subtilité dans l’écriture vocale qui fait regretter que Boulez ne se soit pas attelé à la composition d’un opéra -au lieu de claironner qu’il fallait détruire les théâtres dans lesquels on les joue. Très belle prestation de la jeune soprano Carla Huhtanen et des Wiener Singakademie.

Cette programmation s’inscrivait dans une série d’hommages rendus par les Viennois au chef et compositeur français. Dans le Grand foyer du Konzerthaus, une intéressante série de photos montre Boulez à l'oeuvre, où dans des situations assez inattendues, comme celle où on le voit, rigolard, au milieu d’une plaisante compagnie de danseuses hawaïennes.

Courage encore que de donner le concerto de Brahms devant un public viennois qui, a priori, ne va rien laisser passer. La tension était très perceptible chez les musiciens canadiens, qui, plus de 30 minutes avant le début du concert, étaient déjà sur scène, très concentrés, chacun dans sa bulle, répétant inlassablement.

Mais tout s'est très bien passé, Vengerov a été sublime et le public viennois conquis.

Sans doute soulagés par cette première partie de concert, les musiciens de Toronto ont lâché la vapeur dans un éblouissant Concerto pour orchestre de Bartok, partition avec laquelle ils me sont apparus parfaitement à l'aise. Sept rappels, un public aux anges, et un très beau bis en mémoire du précédent concert des Ontariens à Vienne, en 1983 (!) la célèbre et si poignante neuvième des Variations Enigma d'Elgar.

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

Un programme éclectique donc et qui semble t'avoir bien plu..
Quant à la phrase "choc "il faut bruler les maisons d'opéra", elle aurait été prononcée en 1967 (je ne sais pas bien dans quel contexte), cela n'a pas empêché Boulez de diriger 10 ans plus la Tétralogie (avec Chéreau) avec le succès que l'on sait !
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'était vraiment très bien. Le mt de Boulez m'a servi de point de départ pour un billet un peu long que j'ai passé du temps à rédiger sur le thème de l'avenir de l'opéra (!) :

http://jefopera.blogspot.fr/2017/04/lopera-du-21eme-siecle.html

Excellent week-end

PS : il y a eu tout un pataquès sur FB, t'ai envoyé une invit !