jeudi 25 mai 2017

Hélène et le coquillage

L'histoire de l'opéra regorge de personnages fantastiques, dieux et déesses, diables, sorcières, fées, magiciens, nymphes, satyres, nains, lutins, elfes et spectres. Tout le monde les a mis sur scène, des baroques jusqu'à Puccini, qui ne résista pas à faire apparaître des fantômes au cours de la scène de mariage de Madame Butterfly.
  
Les librettistes et compositeurs sont parfois allés jusqu'à confier des rôles à des animaux, voire à des objets. 

On pense tout de suite à Wagner qui mît en scène et fît chanter, dans Siegfried, un dragon et un oiseau. Mais, il ne fût pas le premier : un bon siècle plus tôt, Rameau a fait chanter une nymphe batracienne grotesque, Platée. Et on pourrait citer d'autres exemples.
  
La palme revient pourtant à Richard Strauss, qui, dans Hélène l'Egyptienne, met en scène un coquillage. Un coquillage savant.
  
Quelques mots sur cet opéra.
   
Créé à Dresde en 1928, il fait figure de mal-aimé parmi les opéras de Richard Strauss. Certains en tiennent pour responsable le travail jugé trop littéraire de Hofmannsthal. D'autres pointent les faiblesses d'une partition qui sentirait le matériau de réemploi.
  
L'opéra n'est pourtant pas si oublié que cela et plusieurs enregistrements sont disponibles, dont une version live avec Leonie Rysanek dans le rôle titre, en 1956. Et, plus récemment, Hélène a été produite en 2001, à Cagliari, avec l'excellente Yelda Kodalli.
  
Troie a perdu la guerre. Ménélas a récupéré son épouse infidèle et décidé de l'immoler pour lui faire expier ses fautes. Une tempête fait échouer leur bateau sur les rivages d'une île près de l'Egypte, où règne une magicienne, la belle AÏthra et son fidèle ami et informateur, le "coquillage omniscient". Avec humour, Hofmannstahl le qualifiait de créature à mi-chemin entre le journal et le poste de radio. Tout un programme pour l'interprète du rôle -habituellement une contralto.
  
Sur l'île de la tentation, on commence par prendre des quaaluds (des "philtres d'oubli"), on se laisse séduire par des bédouins musclés qui sentent bon le sable chaud, on appelle Poseïdon au secours quand ça devient n'importe quoi, on reprend des quaaluds et tout finit par s'arranger, sur l'oreiller bien sûr, où Hélène l'infidèle retrouve les bras de son époux.
  
De sérieux exégètes ne manquèrent pas, on pouvait s'y attendre, de souligner la dimension onirique, symbolique, voire psychanalytique de cet opéra kitschissime, qui devait pourtant, selon les projets initiaux de Strauss, n'être qu'une charmante opérette. Il est en tout cas bien dommage qu'il ne soit pas plus souvent mis au programme.
   

2 commentaires:

Jean Claude Mazaud a dit…

A découvrir donc ! Je surveille les chaînes musicales...
J'ai visionné l'extrait que tu propose : Pas facile de "monter" une telle œuvre, ce qui explique peut-être la rareté de sa programmation ?
Excellent long week-end
Amitiés
JC

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, sans doute, et je ne suis pas sûr que la partition soit au niveau des autres opéras de Strauss. Peu d'enregistrements également.

Très beau week-end ensoleillé à toi aussi

JeF