mercredi 17 octobre 2012

Bon comme un plat de lentilles

En faisant hier un peu de rangement dans mes CD, je retrouve un coffret que la maison Dynamic avait eu la gentillesse de m'envoyer il y a plusieurs années. Un petit bijou oublié, le Don Bucefalo d'Antonio Cagnoni.

L'enregistrement est la captation d'un spectacle donné en 2008 dans la cour du Palais ducal de Martina Franca, au Festival della Valle d’Itria.

Laissons parler Yonel Buldrini, auteur d'une étude très bien faite sur Don Bucefalo, publiée sur le site forumopéra :

Nous sommes en 1847, quatre années après le chef-d'oeuvre de Donizetti Don Pasquale, dont on a dit qu'il était le dernier opéra bouffe. En fait, il y en aura bien d'autres, comme ce charmant Crispino e la Comare des frères Ricci, ou le savoureux Don Checco de Nicola De Giosa, datant tous deux de 1850, mais on avait l'impression que l'opéra bouffe italien, pétillant au possible en sortant des mains de Rossini, puis devenu tendre, sentimental et suave entre celles de Donizetti, n'avait plus rien à démontrer. De fait, les compositeurs produiront de moins en moins de comédies sentimentales, même si le filon ne s'épuisera jamais, car à une date aussi tardive que 1915, naîtra par exemple la délicieuse Madame Sans-Gêne de Umberto Giordano.

Ecrit par un jeune homme de 19 ans, Don Bucefalo connaît un triomphe en Italie puis à Paris. Mais comme tant d'autres succès, il tombe dans un oubli total, jusqu'à l'initiative du Festival della valle d'Itria.

Comme Il Maestro di Capella de Cimarosa, Don Bucefalo est un opéra qui parle de l'opéra. Mais ici, rien des querelles esthétiques sophistiquées d'Arianne à Naxos ou de Capriccio. L'intrigue est comme qui dirait plus "terre à terre" :

Un compositeur sur le retour prend son café installé à une terrasse. Il est soudain frappé par la beauté du chant des paysannes et en vient à leur proposer de leur donner des leçons particulières afin de leur faire entamer une carrière internationale. Vieux cochon, on te voit venir.... Ce qui est drôle avec ces trucs éculés, c'est que cela marche toujours. Les campagnardes ingénues au bel organe mordent donc à l'hameçon et nous voilà entraînés dans une succession de quiproquos et de scènes burlesques, dans la meilleure tradition de l'opera buffa.

Yonel Buldrini fait justement remarquer que la parodie est également littéraire puisque l'un des chanteurs, comprenant mal les mots du souffleur, transforme le minacce e i lamenti (les menaces et les lamentations), en li spinaci e le lenti (les épinards et les lentilles). Pour sûr, on est à la campagne.

L'enregistrement que nous propose Dynamic est une vraie réussite : distribution d'excellente tenue (Don Bucefalo est chanté par Filippo Morace et Rosa par Angelica Girardi), direction aussi efficace que sensible du maestro Massimiliano Caldi, tout est simple, clair et bien en place. Bref, c'est aussi beau et bon qu'un plat de lentilles dans une auberge toscane un soir de mai.

3 commentaires:

JCMEMO a dit…

Décidemment encore une découverte : comment diable fais-tu ?
Il faudrait plusieurs vies pour voir, écouter, admirer, lire tout ce que l'on aime.
Je n'ai pu écouter l'extrait (l'écran était noir ; cela arrive quelquefois) mais je reviendrai.
Amitiés

jefopera@gmail.com a dit…

Oui, c'est vrai, et le temps file tellement vite...

MartinJP a dit…

Quelle découverte !
Le grand bonheur de l'Italie c'est d'avoir maintenu vivant et populaire tout ce répertoire. Peut-être comme l'opérette en France et la zarzuela de l'autre côté des Pyrénées.